Où bien manger à Paris : nos adresses authentiques entre tradition et modernité
Deux actualités récentes viennent opportunément rappeler que cette promesse ne va pas sans discernement: selon Sortir à Paris, un nouveau panorama des adresses françaises — traditionnelles ou…

On nous promet régulièrement que Paris reste la capitale mondiale de la gastronomie. Deux actualités récentes viennent opportunément rappeler que cette promesse ne va pas sans discernement: selon Sortir à Paris, un nouveau panorama des adresses françaises — traditionnelles ou modernisées — vient de paraître, assorti d'un avertissement on ne peut plus juste contre les pièges à touristes. Dans le même temps, le Ritz Paris annonce, pour le 1er septembre 2026, un « Tea Time À La Française » signé par son nouveau chef pâtissier exécutif Olivier Lainé. Deux sujets qui touchent directement quiconque descend dans nos hôtels des Halles et prétend manger à sa juste valeur.
Le tri nécessaire
Le panorama publié par Sortir à Paris a le mérite de nommer ce que beaucoup feignent d'ignorer: dans les quartiers touristiques, les restaurants français dits « traditionnels » alignent trop souvent le folklore et l'addition, sans la moindre cuisine derrière. Bourguignons reconstitués, blanquettes vapeur et tartares surgelés: la mascarade est connue. L'article prévient ses lecteurs et propose une sélection d'adresses « testées et approuvées », qu'elles défendent le répertoire classique — bœuf bourguignon, pot-au-feu, choucroute, soupe à l'oignon, pâté en croûte — ou qu'elles le revisitent sous la houlette de chefs confirmés comme de jeunes premiers. Pour qui séjourne aux Halles, cette cartographie est un point de départ raisonnable, à condition, comme toujours, de vérifier la carte du jour et la fraîcheur des produits avant de s'asseoir.
Le Ritz et l'heure magique
Voilà qui est plus délicat. Dès le 1er septembre 2026, le Salon Proust du Ritz accueillera le « Tea Time À La Française » d'Olivier Lainé. Le chef, natif de Bretagne et passé chez le Meilleur Ouvrier de France Laurent le Daniel à Rennes puis au restaurant étoilé L'Oasis de Mandelieu-La-Napoule, propose un triptyque où le salé rencontre le sucré en une « progression contemporaine » qui prétend réinventer le five o'clock tea créé en 1898. Au programme, d'après Luxury Travel Magazine: tartelette de saumon au raifort et condiment yuzu, lobster roll sur pain de mie nappé d'un bisque, légumes rôtis de saison et focaccia maison, puis une fausse burrata sur sablé citron et une brunoise de poire pochée au vinaigre balsamique. Côté sucreries: baba au sarrasin, kiwi et herbes fraîches, « tournesol » de mousse Earl Grey-cardamome, viennoiserie du boulanger Fabien Morelet — un croissant revisité, coing confit ou fruit de saison — et une charlotte tout chocolat. Pour le voyage, une coque de chocolat noir au pralin de pain de campagne grillé. L'ensemble se veut, d'après la présentation du chef, un dialogue entre créativité et héritage.
Ce que j'en retiens pour mes hôtes
Certes, l'exercice est séduisant sur le papier. Mais l'on connaît la formule: entre l'annonce et la dégustation, il y a toujours la mise en scène, le service et la note. Un tea time au Ritz, même repensé, reste un tea time d'hôtel de prestige — tarif à la hauteur du lieu, chorégraphie de salle irréprochable, et cette politesse un rien ostentatoire que j'accepte par métier mais qui lasse vite quand elle tourne à vide. Pour nos hôtes des Halles qui souhaiteraient s'offrir cet écart, je ne donne qu'un conseil: vérifier que le Salon Proust propose bien ce programme à la date retenue, et ne pas confondre ce nouveau « Tea Time À La Française » avec le rituel sucré classique que l'établissement sert déjà. Deux produits distincts, qu'il serait fâcheux de mélanger.